MCTQ : le questionnaire de chronotype de Munich expliqué

Le MEQ te demande ce que tu préfères. Le MCTQ, le questionnaire de chronotype de Munich, regarde à quelle heure tu dors vraiment quand rien ne t’oblige à te lever. C’est de lui que vient le concept de jet-lag social. On va voir comment il calcule ton chronotype, à qui il sert, et lequel des deux tests passer selon ta question.
Le questionnaire de chronotype de Munich, en bref
L’équipe du chronobiologiste Till Roenneberg, à Munich, a publié le MCTQ (Munich ChronoType Questionnaire) en 2003. Il ne te pose aucune question de préférence. Il te demande à quelle heure tu te couches, tu t’endors et tu te réveilles, les jours travaillés d’un côté, les jours libres de l’autre, avec ou sans réveil.
De ces horaires, il déduit ton chronotype sous forme d’une heure : le milieu de ton sommeil les jours libres. Si tu t’endors à 0 h 30 le samedi et que tu te réveilles sans alarme à 9 h 30, ton milieu de sommeil tombe à 5 h, et cette valeur te classe parmi les chronotypes tardifs. Comme le résultat est une heure, les chercheurs peuvent comparer des populations entières : la base MCTQ dépasse les 100 000 répondants, la plus grosse collection de chronotypes au monde.

MSFsc : le calcul qui fait tout le questionnaire
D’abord le MSF, le milieu de ton sommeil les jours libres, parce que c’est là que ton horloge s’exprime sans contrainte. Ensuite la correction « sc » (sleep corrected) : si tu accumules une dette de sommeil en semaine, tu dors plus longtemps le week-end pour la rembourser, et ce sommeil en plus pousse ton milieu de sommeil vers le tard. Le MCTQ retranche donc la moitié de ce sommeil de rattrapage.
Prenons un exemple. Tu dors 6 h par nuit en semaine et 9 h les jours libres, de 0 h 30 à 9 h 30. Ta moyenne sur la semaine fait 6 h 51 par nuit, tu dors donc 2 h 09 de plus les jours libres, et le calcul recule ton milieu de sommeil d’environ 1 h 04. Ton 5 h du samedi devient un MSFsc proche de 3 h 56. Le questionnaire sait donc distinguer « je suis un vrai couche-tard » de « je dors tard parce que je suis en manque ».

Je travaille comme le MCTQ : je fais plus confiance à un agenda de sommeil et aux données d’un bracelet qu’à l’impression que la personne a de ses nuits. Quand les deux se contredisent, ce sont presque toujours les horaires réels qui ont raison.
C’est de là que vient le jet-lag social
En comparant le milieu de sommeil des jours travaillés et celui des jours libres chez des milliers de répondants, l’équipe de Roenneberg a mis un nom sur un phénomène de masse : le jet-lag social (Wittmann et coll., 2006). La majorité des actifs vivent avec 1 à 2 heures de décalage entre leur horloge biologique et leur réveil du lundi, l’équivalent d’un aller-retour Paris-Reykjavik chaque semaine, sans quitter leur lit. J’ai détaillé le mécanisme et comment casser le cycle dans l’article sur le jet-lag social.
MEQ ou MCTQ : lequel passer selon ta question
Passés par les mêmes personnes, les deux tests donnent des résultats fortement corrélés (autour de 0,7 dans l’étude de Zavada et coll., 2005). Mais ils ne répondent pas à la même question.
| Critère | MEQ (Horne et Östberg) | MCTQ (Roenneberg) |
|---|---|---|
| Ce qui est mesuré | Ta préférence déclarée (matin/soir) | Ton comportement réel de sommeil |
| Le résultat | Un score de 16 à 86, en 5 catégories | Une heure : ton milieu de sommeil corrigé (MSFsc) |
| Le format | 19 questions de préférence | Une poignée de questions d’horaires |
| Fait pour | Toi, pour caler tes horaires | La recherche, les grandes cohortes, le travail posté |
Si ta question est « à quelle heure je devrais me coucher et me lever ? », passe le test de chronotype MEQ. Si tu étudies une population ou si tu travailles en horaires postés (la variante MCTQ-Shift de Juda, Vetter et Roenneberg gère les rotations), prends le MCTQ.
Ce que le MCTQ ne sait pas faire
- Il exige de vrais jours libres, sans alarme. Si un réveil, un enfant ou un chien te sort du lit 7 jours sur 7, ton MSFsc est faussé.
- Il mesure un comportement. Tes jours libres restent sociaux : soirée du samedi, écrans jusqu’à 1 h, apéro qui traîne. Ton milieu de sommeil du week-end mélange ton horloge interne et tes habitudes.
- Il ne dit rien de la qualité de tes nuits. Un MSFsc à 3 h 30 avec un sommeil dense vaut mieux qu’un MSFsc à 2 h 30 avec dix réveils par nuit. Pour cette question-là, passe le test PSQI.
- Il ne te donne pas de plan d’action. Une heure de milieu de sommeil te dit où tu en es. Reste à en faire quelque chose : horaires réguliers, lumière du matin, placement de la caféine.
⚠️ Si tu dors avec une alarme même les jours libres, ne tire aucune conclusion d’un MCTQ. Offre-toi d’abord deux ou trois matinées sans réveil, ou passe le MEQ, qui ne dépend pas de tes horaires.
Questions fréquentes
C’est quoi le MCTQ, le questionnaire de chronotype de Munich ?
Le MCTQ (Munich ChronoType Questionnaire) a été développé par l’équipe de Till Roenneberg et publié en 2003. Il détermine ton chronotype à partir de tes horaires réels de sommeil, en comparant jours travaillés et jours libres, plutôt qu’à partir de tes préférences. Le résultat est une heure : le milieu de ton sommeil des jours libres, corrigé de la dette de la semaine (MSFsc).
Quelle est la différence entre le MEQ et le MCTQ ?
Le MEQ de Horne et Östberg mesure ta préférence avec 19 questions et rend un score de 16 à 86. Le MCTQ mesure ton comportement réel de sommeil et rend une heure, ton milieu de sommeil corrigé (MSFsc). Les deux résultats sont fortement corrélés. Le MEQ répond mieux à une question individuelle (quand te coucher, quand te lever), le MCTQ sert surtout à la recherche et aux grandes cohortes.
C’est quoi le MSFsc ?
MSFsc signifie « mid-sleep on free days, sleep corrected » : le milieu de ton sommeil les jours libres, corrigé du sommeil de rattrapage. Si tu dors plus longtemps le week-end pour rembourser ta dette de semaine, ce surplus décale ton milieu de sommeil vers le tard, et le calcul en retranche la moitié pour approcher ton vrai chronotype. C’est la mesure de chronotype la plus utilisée en recherche.

📚 Sources
- Roenneberg, Wirz-Justice et Merrow (2003), « Life between Clocks: Daily Temporal Patterns of Human Chronotypes », Journal of Biological Rhythms : l’article fondateur du MCTQ.
- Wittmann, Dinich, Merrow et Roenneberg (2006), « Social Jetlag: Misalignment of Biological and Social Time », Chronobiology International.
- Zavada et coll. (2005), comparaison du MCTQ avec le score de Horne et Östberg, Chronobiology International.
- Juda, Vetter et Roenneberg (2013), la variante MCTQ-Shift pour le travail posté, Journal of Biological Rhythms.
- Till Roenneberg, Internal Time (2012), la version grand public.


