Cauchemars : pourquoi tu en fais, et comment les faire diminuer

Le Cauchemar de Füssli : une femme endormie renversée sur son lit, un démon assis sur sa poitrine, une tête de cheval qui surgit des rideaux
Le Cauchemar, peint par Johann Heinrich Füssli en 1781 (Detroit Institute of Arts, domaine public).

Tu te réveilles à 5h, en sueur, le cœur qui cogne. Le même scénario que la semaine dernière : on te poursuit et tes jambes ne répondent plus. Et tu mets une heure à te rendormir. On va voir pourquoi tu fais des cauchemars, ce qui les fait revenir, et la technique qui les fait diminuer, à tester sur 14 nuits.

Quand arrivent les cauchemars

Un cauchemar, c’est un rêve long et très désagréable, dont tu te souviens bien, et qui te réveille souvent. Au réveil, tu sais tout de suite où tu es. Il arrive surtout pendant le sommeil paradoxal, la phase des rêves les plus longs. Ses épisodes s’allongent au fil de la nuit, donc tes cauchemars tombent surtout dans la seconde moitié : entre 3h et 7h si tu te couches à 23h. Je détaille ce découpage dans l’article sur le sommeil paradoxal.

Tu n’es pas un cas à part. En Finlande, sur 69 813 adultes interrogés entre 1972 et 2007, 3,5 % des hommes et 4,8 % des femmes disaient faire souvent des cauchemars. L’Académie américaine de médecine du sommeil estime qu’environ 4 % des adultes en font assez pour que ça devienne un trouble. Si tu te réveilles d’un coup sans aucun souvenir de rêve, lis plutôt l’article sur le réveil en sursaut.

Ce qu’on entendCe que montrent les études
Les cauchemars, tu les subisRéécrire son cauchemar et le répéter chaque jour les fait diminuer
Les cauchemars à répétition, c’est seulement après un traumatismeEnviron 4 % des adultes en souffrent, avec ou sans traumatisme
Il faut des années de thérapie3 séances ont suffi dans l’essai de 2001 chez 168 femmes
Un verre le soir t’assure une nuit calmeL’alcool agite ta seconde moitié de nuit, celle des rêves

Ce qui fait revenir les cauchemars

  • Le stress et les chocs. Chez les Finlandais qui avaient fait la guerre, les cauchemars restaient plus fréquents des décennies après, avec plus d’insomnie, d’anxiété et de dépression.
  • Le manque de sommeil. Après plusieurs nuits trop courtes, ton cerveau rattrape le sommeil paradoxal perdu. Tes rêves de fin de nuit deviennent plus longs et plus intenses.
  • L’alcool. Dès un verre, ta seconde moitié de nuit est plus agitée. À forte dose, il réduit aussi ton sommeil paradoxal en début de nuit. Chez ceux qui buvaient beaucoup et arrêtent, le sommeil paradoxal reste au-dessus de la normale pendant de longues périodes d’abstinence. Le détail est dans alcool et sommeil.
  • L’arrêt du cannabis. Le THC réduit ton sommeil paradoxal. Quand tu arrêtes, ton cerveau le rattrape : rêves très vifs et cauchemars pendant 2 à 4 semaines. Tout est dans l’article sur l’arrêt du cannabis.
  • Certains médicaments. Ceux qui agissent sur la noradrénaline, la sérotonine ou la dopamine sont clairement liés aux cauchemars : certains antidépresseurs, des bêtabloquants contre l’hypertension, la L-dopa contre Parkinson. La varénicline (Champix), prise pour arrêter de fumer, donne aussi des rêves anormaux. Si t’es concerné, je te conseille d’en parler avec ton médecin, sans arrêter ton traitement seul.
  • La fièvre. Dans une étude, 164 personnes ont raconté 100 rêves faits pendant une fièvre : ils étaient plus bizarres et plus négatifs que leurs rêves habituels.

La technique qui marche : répéter un rêve réécrit

Elle s’appelle la répétition d’images mentales (Imagery Rehearsal Therapy, ou IRT, en anglais). Tu réécris ton cauchemar dans une version qui ne te fait plus peur, et tu te repasses cette nouvelle version dans la tête, chaque jour, bien éveillé.

En 2001, une équipe américaine l’a testée chez 168 femmes, presque toutes victimes d’agression sexuelle, avec un stress post-traumatique et des cauchemars chroniques. 88 ont suivi 3 séances d’IRT, 80 sont restées sur liste d’attente. Trois et six mois plus tard, le groupe IRT avait moins de nuits avec cauchemars, moins de cauchemars par semaine, un meilleur sommeil et moins de symptômes de stress post-traumatique. Le groupe en attente avait à peine bougé.

Une méta-analyse de 19 essais (1 285 participants) confirme que les traitements psychologiques réduisent les cauchemars, avec un effet plus fort en séances individuelles qu’en autonomie. En 2018, l’Académie américaine de médecine du sommeil a classé l’IRT comme le seul traitement « recommandé » des cauchemars, avec ou sans traumatisme.

Les 4 étapes de la répétition d’images mentales : choisis un cauchemar, change-le, écris la nouvelle version, répète-la 10 minutes par jour
La répétition d’images mentales en 4 étapes : je les détaille dans le protocole plus bas.

⚠️ Si tes cauchemars rejouent un traumatisme, ou s’ils reviennent plusieurs fois par semaine au point d’avoir peur d’aller dormir ou d’être épuisé la journée, va voir ton médecin ou un psychologue formé aux thérapies comportementales. Il fera l’IRT avec toi, et c’est plus efficace qu’en autonomie.

Le protocole : réécrire ton cauchemar

  1. Choisis un cauchemar qui revient. Commence par un qui te gêne sans être le pire. Celui qui rejoue un traumatisme, travaille-le avec un thérapeute.
  2. Change ce que tu veux. La fin, un détail, le décor, ce que tu fais. Si on te poursuit dans un couloir, tu peux t’arrêter et ouvrir une porte qui donne sur la plage. La nouvelle version n’a pas besoin d’être heureuse, juste de ne plus te faire peur.
  3. Écris la nouvelle version. Quelques lignes, au présent, avec ce que tu vois et ce que tu entends.
  4. Répète-la 10 minutes par jour. Assis, les yeux fermés, tu te repasses la nouvelle version en images, au moment de la journée qui t’arrange.
  5. Un cauchemar à la fois. Quand il se fait rare, passe au suivant.

Le test des 14 nuits

Les 7 premières nuits, tu ne changes rien. Chaque matin, tu notes si tu as fait un cauchemar, combien, son intensité sur 10, s’il t’a réveillé, et ta forme sur 10. Les 7 nuits suivantes, tu ajoutes tes 10 minutes de répétition par jour et tu continues tes notes. Si tu portes une montre ou une bague, ajoute l’heure de tes réveils et ta fréquence cardiaque de nuit.

Capture d’un agenda du sommeil sur téléphone : une ligne par nuit avec l’heure du coucher, du lever et la durée de sommeil
Une ligne par nuit, remplie le matin : c’est l’agenda du sommeil que j’utilise avec mes clients. Ajoutes-y tes cauchemars.

Compare le nombre de nuits avec cauchemar entre les deux semaines. S’il baisse, continue avec le même rêve jusqu’à ce qu’il se fasse rare. S’il bouge peu, garde le rythme : dans l’essai de 2001, l’effet était mesuré à 3 mois.

Schéma du test : 7 nuits sans rien changer, puis 7 nuits avec 10 minutes de répétition par jour, et les notes à prendre chaque matin
Deux semaines de notes suffisent pour voir si les nuits avec cauchemar se font plus rares.

Questions fréquentes

Pourquoi je fais des cauchemars toutes les nuits ?

Les causes les plus courantes : une période de stress ou un choc, des nuits trop courtes, l’alcool, l’arrêt du cannabis, certains médicaments (antidépresseurs, bêtabloquants, L-dopa, varénicline) et la fièvre. S’ils rejouent un traumatisme, ou s’ils reviennent plusieurs fois par semaine au point de te gâcher tes journées, va voir ton médecin ou un psychologue.

Pourquoi les cauchemars arrivent en fin de nuit ?

Ils arrivent surtout pendant le sommeil paradoxal, la phase des rêves les plus longs. Ses épisodes s’allongent à chaque cycle : pour un coucher à 23h, l’essentiel se joue entre 3h et 7h.

Comment arrêter de faire des cauchemars ?

La technique qui a le plus de preuves est la répétition d’images mentales : tu réécris ton cauchemar dans une version qui ne te fait plus peur, tu l’écris, et tu te la repasses dans la tête 10 minutes par jour. L’Académie américaine de médecine du sommeil la classe comme le traitement recommandé des cauchemars.

Faire des cauchemars, est-ce normal ?

Un cauchemar de temps en temps, oui. En Finlande, sur 69 813 adultes, 3,5 % des hommes et 4,8 % des femmes disaient en faire souvent. Environ 4 % des adultes en font assez pour que ça devienne un trouble, et ça se traite.

Ewen HervéEwen Hervé — L’ingénieur du sommeilCoach sommeil et ingénieur de formation, j’aide les cadres et entrepreneurs fatigués à retrouver un sommeil réparateur en analysant leurs données.Vu sur

📚 Sources

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