Fatigue et irritabilité : pourquoi tu t’énerves plus vite quand tu dors mal

Ewen en chemise dans le train, l’air fatigué

Une réunion qui déborde, un collègue qui répond à côté, et tu sens la moutarde monter alors qu’en temps normal ça t’aurait fait sourire. Si ça t’arrive surtout après les nuits courtes, c’est mesurable. Je te montre ce que le manque de sommeil fait à tes réactions, et ce que tu peux faire dès demain.

Ce que le manque de sommeil change dans ton cerveau

Deux zones travaillent ensemble quand quelque chose te contrarie. L’amygdale sonne l’alarme, et la partie avant de ton cerveau (le cortex préfrontal) juge si l’alarme vaut le coup. Quand tu dors bien, le frein marche : tu sens l’agacement monter, puis tu passes à autre chose.

En 2007, une équipe de Berkeley a gardé 14 volontaires éveillés environ 35 heures, et laissé 12 autres dormir normalement. Puis elle leur a montré une centaine d’images, des plus neutres aux plus dérangeantes, sous IRM. Chez ceux qui n’avaient pas dormi, l’amygdale réagissait environ 60 % plus fort, et sa connexion avec le cortex préfrontal était affaiblie. L’alarme sonne plus fort, et le frein répond moins.

Graphique : la réaction de l’amygdale passe de 100 après une nuit normale à 160 après environ 35 heures sans dormir
En indigo, ceux qui n’avaient pas dormi : leur amygdale réagissait environ 60 % plus fort aux images dérangeantes (Yoo, 2007).

Le piège : tu ne le vois pas toi-même

Dans l’étude de Van Dongen (2003), des gens dormaient 6 heures par nuit pendant 14 jours. Au bout de deux semaines, leurs réflexes étaient aussi mauvais qu’après une nuit blanche, mais ils se sentaient à peine plus fatigués. Pour ton humeur, c’est pareil : tu trouves que ce sont les autres qui sont pénibles cette semaine. Ton équipe et ta famille, elles, voient la différence.

Graphique : sur 14 jours, les trous d’attention montent jour après jour à 6 h et à 4 h au lit, et restent bas à 8 h
À 6 h par nuit (courbe bleue), les trous d’attention montent chaque jour jusqu’au niveau d’une nuit blanche. D’après Van Dongen, 2003.

Comment limiter la casse le lendemain d’une mauvaise nuit

Décale ce qui peut l’être. Le recadrage d’un collaborateur, la négociation, la discussion de couple qui traîne : si tu peux les repousser d’un jour, fais-le.

Relis tes messages avant de les envoyer. Laisse un mail tendu en brouillon une heure, puis relis-le.

Fais une sieste de 15 à 20 minutes avant 15h si tu peux. Tu récupères un peu de vigilance sans abîmer ta nuit suivante (voir la sieste).

Prends ton café, mais garde ta limite. Pas de caféine dans les 10 heures avant ton coucher, sinon tu prépares la prochaine mauvaise nuit (voir caféine et sommeil).

Ne te couche pas plus tôt pour compenser. Lève-toi à ton heure habituelle et couche-toi quand tu as sommeil : c’est ce qui remet tes nuits d’aplomb le plus vite.

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Note ton irritabilité le matin dans ton agenda du sommeil, de 1 à 5, à côté de tes horaires. Au bout de deux semaines, tu vois si elle suit tes nuits courtes. C’est souvent le premier signe que tes nuits ne te suffisent plus, avant même la fatigue.

Questions fréquentes

Pourquoi je suis irritable quand je suis fatigué ?

Après une nuit blanche, la zone du cerveau qui déclenche les réactions émotionnelles (l’amygdale) réagit environ 60 % plus fort aux images négatives, et elle est moins bien reliée à la zone frontale qui la calme. Tu réagis plus fort et tu te reprends moins vite.

Est-ce que ça passe après une bonne nuit ?

Après une seule mauvaise nuit, oui, une nuit correcte suffit en général. Si t’es irritable toute la semaine, c’est plutôt une dette de sommeil qui s’accumule : elle se règle en stabilisant tes horaires, pas avec une grasse matinée.

Ewen HervéEwen Hervé — L’ingénieur du sommeilCoach sommeil et ingénieur de formation, j’aide les cadres et entrepreneurs fatigués à retrouver un sommeil réparateur en analysant leurs données.Vu sur

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