Somnifères : leurs effets et comment arrêter

Un réveil qui affiche 4:08, un verre d’eau et une boîte de comprimés sur une table de nuit
Un comprimé pour dormir te fait gagner une vingtaine de minutes d’endormissement, et la moitié vient de l’effet placebo.

Tu prends ton comprimé tous les soirs. Le jour où tu essaies de t’en passer, la nuit est pire, alors tu te dis que sans lui tu ne dors pas. On va voir ce qu’un somnifère fait à ton sommeil, pourquoi il marche de moins en moins, et comment en sortir avec ton médecin.

Ce qu’on entend sur les somnifères

Ce qu’on entendCe que montrent les études
Sans somnifère, je ne m’endors pasLe zolpidem et sa famille font gagner 22 minutes d’endormissement au labo par rapport à un placebo, 7 minutes d’après le ressenti des patients
Avec mon comprimé, je dors toute la nuitChez les plus de 60 ans, 25 minutes de sommeil en plus par nuit
Le sommeil sous somnifère est un sommeil normalLes benzodiazépines remplacent du sommeil profond et paradoxal par du sommeil léger
Ma nuit sans comprimé prouve que j’en ai besoinÀ l’arrêt, l’insomnie revient quelques nuits : c’est le rebond, il est passager
Je peux en prendre pendant des annéesEn France, la prescription s’arrête à 4 semaines, baisse de dose comprise

Ce que fait un somnifère à ton sommeil

Le zolpidem (Stilnox), la zopiclone (Imovane) et les benzodiazépines prescrites pour dormir, comme le lormétazépam (Noctamide), agissent tous sur le même frein du cerveau : le récepteur GABA. Ils ralentissent ton système nerveux, et tu t’endors.

Tu t’endors plus vite, mais de peu. En 2012, Huedo-Medina et son équipe ont repris les 13 essais envoyés à l’agence américaine du médicament pour faire autoriser le zolpidem et deux molécules de la même famille (4 378 participants). Au labo, le comprimé fait gagner 22 minutes d’endormissement par rapport à un placebo. D’après le ressenti des patients, l’écart tombe à 7 minutes. Et sous placebo, ils s’endormaient déjà 20 minutes plus vite qu’avant l’essai : environ la moitié de l’effet du comprimé se retrouve avec une pilule sans principe actif.

Graphique : 20 minutes d’endormissement gagnées sous placebo, 42 sous comprimé, soit 22 minutes dues au comprimé
Sur 13 essais, environ la moitié du gain d’endormissement se retrouve avec une pilule sans principe actif.

La HAS fait le même constat : une vingtaine de minutes gagnées sur l’endormissement, mesurées sur des durées d’une nuit à 6 semaines. Au-delà, le maintien de l’effet n’a pas été démontré.

Sur la nuit entière, le gain reste petit. Chez les plus de 60 ans, une méta-analyse de 24 essais (Glass, 2005) trouve 25 minutes de sommeil en plus par nuit et 0,6 réveil en moins par rapport au placebo.

Et ce sommeil n’a pas la même forme. Les benzodiazépines allongent le sommeil léger et raccourcissent le sommeil profond et le sommeil paradoxal. Ce sommeil léger plus long te donne l’impression d’une nuit sans réveil.

Pourquoi il marche de moins en moins

À dose égale, l’effet baisse au fil des semaines. C’est la tolérance, et la notice du zolpidem la décrit noir sur blanc. Le risque de dépendance monte avec la dose et la durée du traitement, et la HAS précise qu’elle peut s’installer même chez quelqu’un sans terrain à risque.

Le soir où tu sautes ton comprimé, l’insomnie revient plus fort pendant quelques nuits. C’est l’insomnie de rebond, et elle est passagère. Sauf que cette mauvaise nuit te donne l’impression que tu ne peux pas dormir sans, et tu reprends le comprimé dès le lendemain. La HAS l’écrit : les somnifères peuvent entretenir l’insomnie, à cause de ce rebond à l’arrêt.

Schéma en boucle : le comprimé, l’effet baisse à dose égale, une nuit sans comprimé où l’insomnie revient plus fort, puis « je ne dors pas sans »
Le rebond d’une nuit sans comprimé te fait croire que tu ne peux pas t’en passer.

Les risques : le lendemain et sur la durée

L’effet ne s’arrête pas à ton réveil. La HAS prévient que la somnolence, un temps de réaction plus long et une baisse de vigilance peuvent durer jusqu’au matin qui suit la prise. Pour le zolpidem, la notice demande 8 heures de sommeil sans interruption entre le comprimé et le volant.

Chez les plus de 60 ans, l’étude de Glass compte 3,8 fois plus de fatigue dans la journée qu’avec un placebo, et 4,8 fois plus de troubles cognitifs. C’est aussi l’âge où un somnifère expose le plus aux chutes et aux accidents de la route, d’après la HAS.

Une question reste ouverte sur la durée. Aux États-Unis, Kripke et son équipe ont comparé 10 529 patients à qui on avait prescrit un somnifère à 23 676 personnes du même âge, sans somnifère. Sur 2,5 ans, le risque de décès des premiers était 3,6 fois plus élevé dès moins de 18 comprimés par an, et 5,3 fois au-delà de 132. C’est une étude d’observation : elle montre un lien, pas que le comprimé en est la cause. Les auteurs ont tenu compte des maladies de chacun, mais ceux qui prennent des somnifères restent peut-être en moins bonne santé.

Graphique : risque de décès multiplié par 3,60 sous 18 comprimés par an, 4,43 de 18 à 132, 5,32 au-delà, comparé à sans somnifère
Plus il y a de comprimés prescrits, plus le risque de décès monte. Un lien observé, pas une preuve que le comprimé tue.

Ce que recommandent les autorités de santé

En France, la HAS réserve les somnifères à l’insomnie occasionnelle ou passagère, et la prescription s’arrête à 4 semaines, baisse de dose comprise. Elle écrit qu’ils ne doivent pas servir à traiter une insomnie chronique, celle qui dure plus de 3 mois.

Le zolpidem a un cadre encore plus strict. Depuis le 10 avril 2017, il se prescrit sur ordonnance sécurisée, avec le nombre de comprimés écrit en toutes lettres. L’ANSM avait relevé de plus en plus de cas d’abus et de dépendance.

Aux États-Unis, l’American Academy of Sleep Medicine (AASM) suggère le zolpidem avec une recommandation faible, appuyée sur des preuves de très faible qualité.

Ce qui traite l’insomnie chronique : la TCC-I

Pour une insomnie qui dure, la HAS et l’AASM placent en premier la thérapie cognitive et comportementale de l’insomnie (TCC-I). Dans son guide de 2021, l’AASM lui donne sa seule recommandation forte.

En pratique, tu te lèves à heure fixe, tu ramènes ton temps au lit à ton besoin réel de sommeil, tu sors du lit quand tu luttes et tu travailles les pensées qui te tiennent éveillé. Tu t’attaques à ce qui entretient tes mauvaises nuits. Le détail est dans que faire contre l’insomnie.

Remplacer le comprimé par de la mélatonine n’est pas la solution : l’AASM la déconseille contre l’insomnie chronique.

Comment réduire, avec ton médecin

Si tu prends un somnifère depuis des semaines ou des mois, ne l’arrête pas d’un coup. La baisse se prépare avec le médecin qui te l’a prescrit. D’après la HAS, elle se passe comme ça :

  • Elle est progressive. Compte de quelques semaines à plusieurs mois.
  • Chaque baisse compte. Même sans arrêt complet, une dose plus faible est déjà un bon résultat. Si une tentative échoue, tu pourras recommencer plus tard.
  • Elle se fait sans autre médicament. Pour la HAS, rien ne justifie de remplacer le somnifère par un autre médicament pendant la baisse. Elle mise sur l’accompagnement sans médicament.
  • Elle avance avec le travail sur les causes. Tes horaires, ton temps au lit et tes ruminations : c’est la TCC-I qui prend le relais du comprimé.

Attends-toi à quelques nuits plus difficiles quand la dose baisse. C’est le rebond, et il passe. Note tes nuits dans un agenda du sommeil : tu verras la tendance de fond, même quand une nuit est ratée.

Questions fréquentes

Combien de temps peut-on prendre un somnifère ?

En France, la prescription d’un somnifère est limitée à 4 semaines, période de baisse de dose comprise. La HAS les réserve à l’insomnie occasionnelle ou passagère, et écrit qu’ils ne doivent pas servir à traiter une insomnie chronique, celle qui dure plus de 3 mois.

Peut-on arrêter le zolpidem (Stilnox) d’un coup ?

Après des semaines ou des mois de prise, non. La baisse se fait progressivement, avec le médecin qui te l’a prescrit, sur quelques semaines à plusieurs mois. Seuls les traitements très courts, de 2 à 5 jours, n’ont pas besoin de baisse progressive.

Pourquoi je dors encore plus mal quand je saute mon comprimé ?

C’est l’insomnie de rebond : quand tu arrêtes, l’insomnie revient plus fort pendant quelques nuits, puis elle passe. Cette mauvaise nuit donne l’impression que tu ne peux pas dormir sans comprimé, et c’est pour ça que la HAS écrit que les somnifères peuvent entretenir l’insomnie.

Quels sont les effets secondaires du zolpidem ?

Les principaux sont la somnolence et la baisse de vigilance le lendemain, les troubles de la mémoire, les chutes chez la personne âgée, la tolérance (l’effet baisse à dose égale) et la dépendance. La notice demande 8 heures de sommeil sans interruption entre la prise et la conduite.

Ewen HervéEwen Hervé — L’ingénieur du sommeilCoach sommeil et ingénieur de formation, j’aide les cadres et entrepreneurs fatigués à retrouver un sommeil réparateur en analysant leurs données.Vu sur

📚 Sources

  • Kripke D.F., Langer R.D., Kline L.E., « Hypnotics’ association with mortality or cancer: a matched cohort study », BMJ Open, 2012. doi.org/10.1136/bmjopen-2012-000850
  • Huedo-Medina T.B. et coll., « Effectiveness of non-benzodiazepine hypnotics in treatment of adult insomnia: meta-analysis of data submitted to the Food and Drug Administration », BMJ, 2012. doi.org/10.1136/bmj.e8343
  • Glass J. et coll., « Sedative hypnotics in older people with insomnia: meta-analysis of risks and benefits », BMJ, 2005. doi.org/10.1136/bmj.38623.768588.47
  • de Mendonça F.M.R. et coll., « Benzodiazepines and Sleep Architecture: A Systematic Review », CNS & Neurological Disorders Drug Targets, 2023. doi.org/10.2174/1871527320666210618103344
  • HAS, « Quelle place pour les benzodiazépines dans l’insomnie ? », fiche de bon usage du médicament, juillet 2024. has-sante.fr
  • Résumé des caractéristiques du produit et notice du zolpidem, base de données publique des médicaments. base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr
  • Zolpidem sur ordonnance sécurisée à partir du 10 avril 2017 (arrêté du 7 janvier 2017, point d’information de l’ANSM), résumé par Vidal. vidal.fr
  • Sateia M.J. et coll., « Clinical Practice Guideline for the Pharmacologic Treatment of Chronic Insomnia in Adults: An American Academy of Sleep Medicine Clinical Practice Guideline », Journal of Clinical Sleep Medicine, 2017. doi.org/10.5664/jcsm.6470
  • Edinger J.D. et coll., « Behavioral and psychological treatments for chronic insomnia disorder in adults: an American Academy of Sleep Medicine clinical practice guideline », Journal of Clinical Sleep Medicine, 2021. doi.org/10.5664/jcsm.8986